Publié le 22 mai 2025
La proposition de loi visant à réintroduire l’acétamipride en France soulève une question centrale : qu’en dit la science sur les risques pour la santé et pour les écosystèmes ?
Les données scientifiques disponibles montrent que, même si l’acétamipride est parfois présenté comme un néonicotinoïde « moins persistant », ses effets sur la santé humaine, la faune et les pollinisateurs sont bien documentés.
Un insecticide associé à des risques pour la santé humaine
Une vaste revue de la littérature montre que l’acétamipride est lié à plusieurs effets toxiques chez les mammifères, incluant toxicité reproductive, hépatique, rénale, neurologique et immunitaire (Benchikh et al., 2024).
Des travaux sur des enfants exposés révèlent la présence du métabolite N-desmethyl-acetamiprid dans le sang, l’urine et même dans le liquide céphalorachidien, confirmant une contamination diffuse et systémique (Taira, 2014).
Des études cellulaires montrent par ailleurs que l’acétamipride peut provoquer des effets cytotoxiques et génotoxiques, notamment des altérations de la viabilité cellulaire et du stress oxydatif (Sevim et al., 2021).
Sur le plan neurologique, des recherches indiquent que l’acétamipride active les récepteurs nicotiniques du cerveau des mammifères de manière similaire à la nicotine, ce qui soulève des craintes pour le développement cérébral des enfants (Nakayama et al., 2019).
Enfin, l’acétamipride présente également des effets sur la fertilité : il altère la capacité des spermatozoïdes à féconder l’ovocyte lors d’études in vitro (Raj & Joseph, 2015).
Des impacts écologiques importants
Les néonicotinoïdes sont reconnus pour leurs effets massifs sur les pollinisateurs. L’acétamipride, bien que parfois présenté comme moins nocif, a démontré des effets négatifs sur les abeilles et bourdons, notamment une perturbation du développement des microcolonies et une baisse de la production de mâles à des concentrations pourtant modérées (Camp et al., 2020).
Des travaux montrent que l’acétamipride peut altérer le comportement de butinage et les capacités de repérage des odeurs chez les bourdons, perturbant leurs missions essentielles de pollinisation (Randhawa, 2024).
Dans l’environnement, les néonicotinoïdes, dont l’acétamipride, sont largement retrouvés dans les sols, l’eau, les plantes, le miel et même la poussière intérieure, confirmant leur diffusion et leur persistance (Shareefdeen & Elkamel, 2024).
Des effets sur d’autres espèces non ciblées
L’exposition à l’acétamipride provoque des altérations physiologiques chez des organismes aquatiques tels que Daphnia magna, avec des effets sur le rythme cardiaque et les mécanismes de détoxification (Yang & Liang, 2022).
Les rongeurs exposés montrent également des perturbations du développement neuronal et une réduction de la neurogenèse, renforçant les signaux d’alerte concernant son impact sur les vertébrés (Nakayama et al., 2019).
En résumé : la ré-autorisation présente-t-elle un danger ?
L’ensemble des données scientifiques disponibles montre que :
- Oui, l’acétamipride présente des risques pour la santé humaine, y compris pour les enfants, via des effets neurotoxiques, reproductifs et systémiques.
- Oui, il représente un danger pour les pollinisateurs à travers des effets sublétaux documentés sur le comportement, le développement et la productivité.
- Oui, il diffuse et persiste dans l’environnement, contaminant sols, eaux et produits alimentaires.
La science ne montre donc aucun fondement solide permettant d’affirmer qu’une ré-autorisation serait sans danger.
L’argument d’absence d’alternatives ne s’appuie pas, dans les sources examinées, sur des données scientifiques montrant une innocuité suffisante de l’acétamipride.
Sources utilisées
- Benchikh, I., Ziani, K., Gonzalez Mateos, A., & Khaled, B. M. (2024). Non-acute exposure of neonicotinoids, health risk assessment, and evidence integration: a systematic review. Critical Reviews in Toxicology.
- Shareefdeen, Z., & Elkamel, A. (2024). Toxic and Environmental Effects of Neonicotinoid Based Insecticides. Applied Sciences.
- Taira, K. (2014). Human neonicotinoids exposure in Japan.
- Sevim, Ç., Akpinar, E., Tsatsakis, A., Yıldırım, S., & Tzatzarakis, M. (2021). Associations between neonicotinoids metabolites and hematologic parameters among US adults. Agronomy.
- Nakayama, A., Yoshida, M., Kagawa, N., & Nagao, T. (2019). Neonicotinoids impairment of neurogenesis in mouse neonates. Journal of Applied Toxicology.
- Raj, S., & Joseph, B. (2015). Reproductive effects of neonicotinoid insecticides on mouse sperm function and embryonic development. Biology.
- Randhawa, J. (2024). Exposure to insecticide alters bumblebee foraging behaviour. Bulletin of the National Research Centre.
- Yang, C., & Liang, J. (2022). Physiological and metabolic alterations induced by commercial neonicotinoid formulations in Daphnia magna. Environmental Science and Pollution Research.
- Camp, A., Williams, W., Eitzer, B., Koethe, R., & Lehmann, D. M. (2020). Effects of the neonicotinoid acetamiprid in syrup on Bombus impatiens. PLoS ONE.